L'ACTUALITÉ
DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
ET DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

07 Décembre 2015

Climat et migrations

Un rapport de 2013, Migration and Global Environmental Change Future Challenges and Opportunities a pour objet les migrations dans le contexte du changement environnemental des cinq prochaines décennies, dans le monde entier. Il examine les tendances migratoires internationales, mais aussi les migrations qui se produisent à l'intérieur de pays pauvres et qui dans ce cas sont souvent les plus importantes. Le changement climatique sera de plus un facteur clé du changement environnemental. Mais cette étude montre, en autres éléments, qu'il sera très difficile de faire la distinction entre migrations économique, environnementale, climatique, politique ou dues aux conflits et aux guerres. Car tous ces facteurs interagissent et rétroagissent sans cesse.

Le changement environnemental exerce une influence sur des facteurs clés économiques, sociaux et politiques, qui à leur tour déterminent les migrations. Cependant, les interactions entre tous ces facteurs clés rendent le plus souvent impossible de distinguer des personnes en migration pour lesquelles les facteurs environnementaux sont les seuls facteurs.

Les facteurs économique, politique et social engendreront des migrations de toute façon. Pire, il est possible que des personnes migrent vers des endroits plus vulnérables au changement environnemental.

Par exemple, on estime qu'en 2060 les plaines inondables dans les zones urbaines en Afrique et en Asie pourraient compter 150 millions d'habitants de plus qu'en 2000.

Les conséquences du changement environnemental vont aller en augmentant. Si les moyens d'existence sont menacés, que l'exposition aux catastrophes naturelles augmente, le seul choix pour les populations concernées est de migrer vers d'autres contrées. En 2010, il y a eu 42 millions de personnes déplacées dans le monde pour de telles raisons.

Dans ces cas, les aspects géopolitiques et opérationnels sont liés. Une migration planifiée et bien gérée (ce qui nécessite de relever des défis opérationnels) peut réduire le risque d'urgence humanitaire et de déplacements plus tard.

Répartition des risques d'inondations dans le monde à partir des historiques des grandes inondations de 1985 à 2003

Contenu en humidité des sols dans le monde le 2 avril 2013

En plus, le changement environnemental a tendance à rendre les migrations à la fois moins possibles et plus probables. La migration coûte cher dans un premier temps et requiert du capital, alors que les populations qui subissent l'impact du changement voient leur capital – la valeur de leurs biens – diminuer.

C'est pourquoi, dans les décennies à venir, des millions de personnes seront dans l'incapacité de quitter des endroits où ils sont très vulnérables au changement environnemental. Ces populations piégées constituent, en particulier pour la communauté internationale, un défi politique au moins aussi important que celui des personnes qui parviennent à migrer.

Empêcher ou restreindre les migrations ne constitue pas une option sans risque. Cela conduirait à aggraver la pauvreté, à entraîner des déplacements et des migrations désordonnés dans bien des cas, comme les zones côtières basses, les déserts et les régions de montagnes. Au contraire, une migration planifiée et proactive d'individus ou de groupes humains peut permettre à une partie des populations de demeurer sur place plus longtemps.

Le choix est entre le chaos et des difficultés, certes, mais surmontables et bénéfiques pour tous à moyen et long terme. C'est un cas où le souci d'un certain ordre mondial conduit au chaos global, avec les conséquences que nous connaissons déjà, mais en bien pires.

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont déjà causé le déplacement hors de leur foyer de 26 millions de personnes chaque année depuis 2008.

Mais ce sujet ne figure pas vraiment à la 21 COP, même s'il fait l'objet de déclarations, en particulier de la part des pays insulaires et que le mot migration figure deux fois dans le document remis le 5 décembre, qui servira de base aux négociations au niveau ministériel. Une mention en option évoque juste de faciliter la coordination des déplacements pour aider les personnes déplacées (c'est-à-dire qui restent pas très loin de leur lieu d'habitation habituel, par exemple dans des camps « provisoires ».). La plupart des pays développés refusent de mettre en place les infrastructures nécessaires pour répondre aux conséquences du changement climatique sur les migrations, sous prétexte que cela entraînerait plus de migration, associée aux comportements criminels, terroristes et même de santé à cause des maladies qui seraient importées (surtout si les migrants n'ont pas accès aux soins).

Ce n'est pas la 21 COP qui va faire changer de positions nos gouvernements. C'est aux citoyens des pays concernés qu'il appartient d'exercer leur pensée et leur pouvoir à tous les niveaux en luttant contre leurs réflexes innés de peur (ce qui est normal) et de haine et de rejet des autres (ce qui l'est déjà moins), le tout provoqué et amplifié par des personnalités politiques ou religieuses.

Certes, ce n'est pas dans la plupart des pays développés que les phénomènes météorologiques et la montée du niveau des mers chasseront le plus de gens de chez eux. Mais à Dhaka, capitale du Bangladesh, aux 14 millions d'habitants viennent s'ajouter 350 000 personnes déplacées chaque année, parce que quand les récoltes sont détruites plusieurs années de suite, c'est la famine qui s'installe dans la région du delta et les populations migrent vers les villes. C'est le cas dans bien des endroits du monde en développement et des pays les plus pauvres.

Ce déplacement vers les villes pourrait, après tout, être considéré comme un moyen d'adaptation au changement climatique, dont on parle tant à la COP 21 sans trop définir ce que ça recouvre. Mais là encore, les gouvernements sont réticents et laissent s'établir des habitats insalubres et des conditions de vie insupportable, avec toujours ce prétexte qu'améliorer les conditions ferait encouragerait la migration vers les villes, qui… aggrave les crimes, le terrorisme et présentent des risques pour la santé – à une autre échelle que pour la nation, mais avec cette même logique. Bien entendu, des populations vivant dans de mauvaises conditions constituent un terreau favorable à l'implantation du crime et des extrémistes religieux et sans système d'évacuation des eaux usées et des déchets, sans eau courante, sans mesures sanitaires, on est sûr que les maladies et épidémies vont elles aussi prospérer.

Les pays développés, qui veulent aider financièrement les pays pauvres à s'adapter aux conséquences du changement climatique, vont devoir mobiliser des fonds importants, bien plus que les 100 milliards par an prévus à partir de 2020.

On peut distinguer quatre situations pour s'adapter aux conséquences environnementale, sociale, économique et politique du changement climatique :

- l'amélioration des terres, des pratiques et des équipements pour l'agriculture et l'élevage, le transport et le stockage des aliments, l'accès à l'électricité, à l'eau, à des installations sanitaires – toutes politiques susceptibles d'aider plus de personnes à continuer à vivre au même endroit ;

- les déplacements depuis des zones rurales ou des zones inondées vers les villes dans le même pays ;

- la migration vers des pays voisins (parfois impossible à cause de conflits ethniques, religieux ou économiques – les pays voisins n'étant souvent pas beaucoup moins pauvres) ;

- les migrations vers les pays qu'on ne peut qualifier relativement que de riches, même s'ils connaissent des crises économiques. En particulier l'Europe.

Il s'agit pour la communauté internationale, les nations et les villes d'agir à la fois sur ces quatre modes d'adaptation. Mais nous devons bien comprendre que la migration – qui est inéluctable et qui augmentera – vers les pays riches, sera d'autant plus importante et difficile à gérer que les actions en amont n'auront pas été financées et réussies. Sans compter les dégâts collatéraux en Europe sous forme du terrorisme des mouvements extrémistes, qui n'attendent que les situations de misère et de guerres civiles pour endoctriner et recruter.

Sources :
1. Priya Deshingkar, directrice de recherche au consortium de recherche sur la migration comme moyen de sortir de la pauvreté de l'Université se Sussex, Royaume-Uni, financé par le département britannique pour le développement international

http://www.scidev.net/global/migration/analysis-blog/migration-cities-climate-front-line.html

2. https://www.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/287717/11-1116-migration-and-global-environmental-change.pdf

 

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